Hélène Pichon

Hélène Pichon

« L’éternel au féminin »
un manifeste pour la place des femmes dans la religion.

APRÈS DES ÉTUDES EN SCIENCES POLITIQUES ET UN PARCOURS DIPLOMATIQUE INTERNATIONAL BRILLANT QUI L’A AMENÉ À L’ONU ET PLUS RÉCEMMENT DANS UNE ORGANISATION NON GOUVERNEMENTALE INTERNATIONALE, HÉLÈNE PICHON REVENDIQUE DANS SON DERNIER LIVRE LA PLEINE PARITÉ POUR LES FEMMES AU COEUR DES HIÉRARCHIES DES GRANDS MONOTHÉISMES; UN APPEL QU’ELLE LANCE PLUS PARTICULIÈREMENT AUX CHEFS SPIRITUELS, AU VU DE L’INJUSTICE ALARMANTE DONT SONT VICTIMES LES FEMMES, DEPUIS LA NUIT DES TEMPS EN MATIÈRE DE DROITS ET POUVOIRS AU SEIN DU MONDE RELIGIEUX


Votre livre est-il une voie vers la libération
des femmes dans ce domaine si farouchement masculin qu’est la religion ?

Oui je l’espère, j’appelle en premier lieu à une réforme en profondeur de l’église catholique, étant moi-même de cette religion. J’appelle également comme en écho les autres religions à faire leur révolution intérieure pour rentrer dans la nouvelle ère où la femme prend toute sa place, sur la même marche que l’homme. Dans le domaine profane, les femmes deviennent chefs d’entreprise, chefs d’état, leaders économiques, on ne voit pas pourquoi elles ne seraient pas également leaders dans la sphère spirituelle.

Votre livre s’adresse-t-il à toutes les religions ?
Oui, je m’adresse à toutes les religions.
Sherin Khankan par exemple, est l’une des rares femmes imams au Danemark et dans le monde. Elle dit que la femme a toute sa place dans la religion musulmane dont elle peut être le messager et défend une vision religieuse progressiste. Dans la religion juive, on voit arriver des femmes rabbins comme Delphine Horwiller qui m’a fait l’honneur de la préface de mon livre et revendique la légitimité de la femme comme leader spirituel. Moi je porte le message au sein de la religion catholique, je pousse mon raisonnement très loin.

Votre manifeste peut aussi bien intéressé les croyants, que les athées ou les agnostiques ?
Absolument, c’est un livre où j’ai voulu toucher tous les humains, un appel à la justice spirituelle. Je m’adresse directement aux leaders religieux en leur disant qu’ils sont dans le déni du féminin poussé à l’extrémité.

Non seulement on enlève la femme du leadership religieux, mais les hommes qui vont prendre le pouvoir seront émasculés de manière à ce que le féminin n’ait plus de place dans leur vie. On arrache la dimension sexuelle de l’humain, car on est dans le déni de ce qu’est l’être humain.

Pour moi, il y a une dimension spirituelle
extraordinaire dans la sexualité, c’est le lieu de la transcendance, le lieu de la transmission de la vie et de l’expression si intime de l’Amour. On rentre dans un mensonge global lorsqu’on dit que ces leaders religieux n’ont pas de sexualité. Pareil pour les divorces, où on est également dans le déni, puisque les personnes divorcées remariées sont
excommuniées.Pour moi, il ne peut pas y avoir de foi dans la mauvaise foi.

Une réalité qui n’est pas forcément en adéquation avec le message porté dans la bible par exemple…
Oui, c’est un comble d’être aussi sectaire alors que le Christ était tout le contraire, il allait chercher tous ceux qui étaient rejetés.
Il aimait profondément les femmes auxquelles il avait lié son destin de façon extrêmement intime à travers Marie, Marie Madeleine, Marthe, et toutes ces femmes qui le suivaient partout. J’appelle l’Eglise à un examen de conscience, à un retour à l’honnêteté face à la réalité des être humains aujourd’hui.

Comment réformer les religions pour être en adéquation avec l’ère moderne, face à 2000 ans d’histoire ?

Prenons un exemple actuel, celui du chanteur Johnny Hallyday qui avait un amour profond pour le Christ. Lorsqu’on voit la cérémonie de ses funérailles, on constate qu’il n’y pas eu de communion eucharistique, car la plupart des gens présents étaient excommuniés du fait de leurs divorces et remariages. L’Eglise veut bien baptiser leurs enfants, mais eux ils sont excommuniés, c’est d’une hypocrisie absolue. Il faut être réaliste, aujourd’hui les gens ne veulent plus être dans des mariages de convenance. Je ne comprends pas que les religions réduisent la spiritualité à des jugements moraux totalement biaisés et partiaux, à des dogmes humains sans légitimité spirituelle.

Le jour des obsèques de Johnny, il y avait une communion entre toutes ces personnes de sphères sociales différentes. C’était un artiste très christique, un homme modeste qui a donné beaucoup d’amour. Lors de la cérémonie à la Madeleine, j’ai tout de suite pensé à la référence à Marie Madeleine qui était l’apôtre préféré du Christ, la femme qui était présente à la première messe au pied de la croix.

Quand le Christ est ressuscité il est apparu d’abord à Marie Madeleine et lui a dit d’annoncer sa résurrection, alors qu’aujourd’hui nous n’avons pas de femmes prêtres. C’est un comble !

Cette indignation germe-t-elle en vous depuis très longtemps ?

J’ai grandi dans le Jura où j’ai été enfant de cœur, dans une paroisse où l’on acceptait que les filles le soient. Lors d’un voyage de fin d’année en 3ème au Vatican, nous avons pu assister à une messe du Pape Jean-Paul II, où nous étions à côté de la Nonciature apostolique belge. En voyant cela, j’ai tout de suite voulu en faire mon métier, c’est-à-dire être un ambassadeur du Saint-Siège auprès des Etats. On m’avait alors dit que ce ne serait pas possible parce que j’étais une femme. J’ai trouvé cela complètement en désaccord avec le message du Christ. Je me suis alors dit que si je ne pouvais pas être Nonce apostolique, je continuerai à porter ce message spirituel d’une autre façon.

Quelles réactions avez-vous eu à votre livre ?
J’ai été étonnée de voir que beaucoup de personnes résonnaient à mon texte. Il y a une envie qu’on se mette « en marche » spirituellement au sein de l’Eglise catholique, et je pense que l’union fera la force. L’Abbé Pierre était déjà très novateur en son temps. Il pensait aussi qu’il devait y avoir des femmes prêtres, que les prêtres devaient pouvoir se marier et que les divorcés remariés ne devaient pas être rejetés de la Communion eucharistique dans l’Eglise Catholique. Il y a quand même eu des personnalités très lumineuses comme lui ou Monseigneur Gaillot qui ont porté un beau message de l’Eglise. On peut espérer que notre parole porte également ses fruits.

.Sandrine de Amorim