Nikos Aliagas

Nikos Aliagas

L’artiste contemporain montant de sa génération

Icône télévisuelle et journaliste accompli, Nikos Aliagas n’en finit pas de nous surprendre avec ses différents talents artistiques. Passionné de photographie, il a dévoilé cette part de lui-même qui le caractérise tant, lors d’une exposition sur le Toit de la Grande Arche de la Défense, intitulée « l’Epreuve du Temps ». Un thème qui l’inspire tout particulièrement puisqu’il puise dans ses racines, son quotidien, ses voyages comme un « infatigable observateur de la vie ». De ce besoin de s’exprimer et de se livrer sans fard, l’artiste a également publié un livre de photographies du même nom que son exposition, aux Editions La Martinière. Un travail magistral de mémoire sublimé par la beauté de ses clichés noir et blanc dont lui seul à le secret. Pour Welcome Magazine, il revient sur cette urgence à photographier l’essentiel, mais également sur l’une de ses autres facettes, celle de journaliste.


Bonjour Nikos, votre exposition photo s’est tenue sur le toit de la Grande Arche de la Défense du 23 octobre 2018 au 6 janvier 2019, comment avez-vous vécu cette nouvelle expérience ?
La photographie est venue dans ma vie il y a pas mal de temps maintenant, mais elle s’est faite connaître publiquement il y a une dizaine d’années lorsque j’ai commencé à partager mon travail sur les réseaux sociaux. J’ai fait depuis une vingtaine d’expositions en Europe, c’était un vrai besoin de dire autre chose sans prendre la parole, juste en faisant parler des images. C’est une révélation personnelle que j’assimile au processus de développement d’une photo. J’ai eu besoin de passer derrière l’objectif et de photographier des gens du quotidien. Justement en ce moment on parle souvent d’une France invisible, moi je viens de ce monde, d’un monde rural en Grèce beaucoup plus réel.

Le titre de votre exposition « L’épreuve du temps » reflète l’âme de ce que vous avez voulu capturer au travers de vos clichés ?
Oui parce qu’il y a de l’épreuve dans chaque preuve. Le temps est quelque chose de très insaisissable, voire même tabou. Tout le monde vous dit qu’il faut vivre dans l’instant, mais selon moi il faut considérer le passé, le présent et l’avenir sur une échelle commune. Quand vous êtes bien dans le présent, c’est que vous savez d’où vous venez, ce qui vous offre un avenir plus maîtrisé. Si vous n’aimez pas vos anciens, comment aimerez-vous vos enfants ? C’est pour ça que je photographie les grands-parents, ceux qui ne demandent pas la lumière. Plus j’ai avancé dans mon travail de journaliste, plus j’ai compris que j’avais besoin d’aller chercher non pas ceux qui posent devant une lumière factice, mais ceux qui portent la lumière en eux. Grâce à mon métier, j’ai pu rencontrer des gens exceptionnels, de Ray Charles à Umberto Eco.  J’ai pu avoir des discussions avec des philosophes, des photographes, des peintres, des musiciens.Ce n’est pas la notoriété qui m’intéresse, c’est ce que je peux apprendre de tout ça.

La Grèce a une grande place dans votre exposition, au travers de visages et de musiques, est-ce une façon d’exorciser la « saudade » comme dirait Cesária Evora ?
La saudade chez nous s’appelle « nostos », ça a donné le mot nostalgie. En effet, je porte en moi l’exil de mes parents, car je suis né en France. Néanmoins j’ai grandi avec une référence perpétuelle à la terre de mes ancêtres. La France m’a donné le présent et l’avenir, la Grèce m’a donné le passé et la boussole. Même si j’ai grandi comme un titi parisien entre la Bastille et Gare de l’Est, mon ADN vient de la Grèce continentale, des terres, des pêcheurs. J’ai leur ADN en moi, et je pense que lorsque je photographie les mains d’un homme qui travaille la terre en Grèce c’est pour rappeler qu’on a tous en nous un grand parent qui vient d’Espagne, d’Algérie, du Portugal, d’Italie, de partout… Ça évoque à beaucoup de personnes leurs racines.

La photographie est une passion que vous avez en vous depuis toujours ou qui est venue au fil du temps ?
J’ai toujours observé le monde depuis que je suis gamin. Je l’ai toujours vu de façon étrange et c’est ce qui m’a mené à mon métier de journaliste. À mes débuts lorsque je faisais des documentaires sur Euronews, j’étais déjà photographe. C’était une façon pour moi de témoigner, de ne pas oublier, c’est ce qu’on croit toucher et en même temps ce qui est une interprétation.

Qui vous a offert votre 1er appareil photo ?
C’est mon père qui m’a offert mon 1er appareil photo vers l’âge de dix ans. Lorsque j’étais petit, je prenais des photos imaginaires en faisant clic clac avec mes mains, mon père a donc décidé de m’acheter un Kodac instamatic. J’ai ensuite commencé à photographier par peur de ne plus me souvenir et de ne plus revoir les gens que j’aimais. Je me suis rendu compte du temps qui passe lorsque j’ai réalisé que mes parents avaient été des enfants en voyant d’anciennes photos. Quand vous comprenez que vos parents n’auront pas toujours le même visage, c’est là où vous réalisez l’épreuve du temps réellement.

Vous avez également publié un livre de photographies, c’est un aboutissement de voir vos clichés matérialisés en papier à l’ère du numérique ?
Oui, d’autant plus que ma démarche grand public a commencé par internet de façon très dématérialisée, et je me retrouve aujourd’hui chez La Martinière qui est quand même une maison d’édition renommée où les plus grands photographes ont publié. Je me sens tout petit et en même temps très fier. Lors de l’impression de mon livre je suis allé vérifier la pigmentation des noirs parce que ça m’intéressait vraiment. C’est un métier à part entière qui me fascine, j’apprends encore tous les jours. C’est très paradoxal, parce que je peux être vu par des millions de gens à la télévision et pourtant ils ne me connaissent pas vraiment. Alors qu’avec un simple livre de photographies où l’on ne me voit pas, je peux partager mes sentiments et me faire connaître dans l’intime comme un être humain et non pas comme une célébrité. Me montrer m’intéresse moins avec le temps.

Vous avez commencé votre carrière dans une radio, vous êtes aujourd’hui à la tête de la matinale d’Europe 1, quel regard portez-vous sur votre parcours de journaliste ?
Pour moi Europe 1 est l’une des rédactions les plus emblématiques de France. J’ai maintenant la chance de pouvoir être à la fois dans le divertissement et dans le journalisme pur, de pouvoir interviewer dans la même semaine le Président de la République et David Guetta. C’est un grand écart assez rare, il a existé dans le passé avec Pierre Lescure et Philippe Gildas. Aujourd’hui je ne fais plus de l’info de la même façon qu’à mes débuts car il y a un lien particulier qui s’est créé au fil des années avec les gens.Toute une génération a grandi avec moi  pendant la Star Ac, je suis celui qui a fait découvrir Jenifer, Mario, Nolwenn… Je fais donc de l’info en lui donnant une forme particulière et en maintenant ce lien avec les auditeurs.

Justement vous parliez de la Star Ac, vous savez que Welcome Magazine est dirigé par un ancien, Mario Barravecchia, êtes-vous heureux d’avoir toujours des nouvelles de certains participants ?
Oui bien sûr, Mario a une place affective tout d’abord pour moi. J’étais un débutant dans le divertissement, aux commandes du plus gros prime de France. C’était énorme à l’époque ! Avec Mario, on partage ça, on a fait une finale avec 14 millions d’audience. Aujourd’hui ça ne se fait plus, ça buzz et ça s’engueule pour 1 million de téléspectateurs. Donc de tout ça je ne garde que l’affect et une des belles rencontres a été Mario parce que c’était comme moi un débutant. Avec Jenifer c’était des gamins, ils ne savaient pas l’impact de cette émission et moi non plus ! Je pensais que ça allait durer 2 mois, je ne pensais pas que j’allais faire cette carrière après la Star Ac. Je voyais ça juste comme une parenthèse dans ma vie de journaliste. Finalement c’est devenu une autre façon de faire du divertissement et j’en suis fier aujourd’hui.

La nouvelle saison de The Voice débute le 9 Février prochain, vous qui adorez la musique, vous y prenez toujours autant de plaisir ?
Oui évidemment car ce n’est jamais la même histoire. Chaque saison est tellement différente ! The Voice fait la part belle aux sentiments humains, je vois la vie de gens qui ont rendez-vous avec leur destin grâce au fameux bouton rouge. Être aux premières loges de cette transformation, c’est une bénédiction. Il y a Soprano et Julien Clerc qui arrivent cette année comme nouveaux coachs, ça redistribue un peu les cartes. Je grandis avec ceux qui me font confiance à la télé et avec les téléspectateurs. Ça fait 32 ans que je travaille dans les médias et 18 ans à TF1, c’est beaucoup de temps, mais j’ai pourtant l’impression que c’est encore le 1er jour.