Philippe Shangti

Philippe Shangti

L’artiste contemporain montant de sa génération

PHILIPPE SHANGTI EST UN PHOTOGRAPHE HORS DU COMMUN. SES OEUVRES FASCINENT AUTANT QU’ELLES PROVOQUENT. ELLES RESSEMBLENT PRESQUE À DES TABLEAUX TANT LA MISE EN SCÈNE EST RECHERCHÉE. ARTISTE PLURIDISCIPLINAIRE ET ENGAGÉ QUI ASSUME SON DÉCALAGE AVEC LA SOCIÉTÉ MODERNE, IL SOUHAITE METTRE EN EXERGUE TOUTES LES DÉRIVES DE CELLE-CI. SON TRAVAIL, PROPOSÉ EN ÉDITION LIMITÉE ET NUMÉROTÉE EST AUJOURD’HUI EXPOSÉ DANS DE NOMBREUSES GALERIES EN EUROPE ET AUX ÉTATS-UNIS.


Votre univers est aujourd’hui très particulier. Comment avez-vous trouvé votre voie ?
Depuis plusieurs années on reconnaît mon travail et, pourtant, je ne connaissais rien à l’art quand j’ai démarré. Mon expérience au sein d’établissements à St Tropez m’a permis de côtoyer un univers de paillettes mais aussi d’excès. J’ai alors repris mon appareil photo pour exposer ma vision de ces excès. Je suis quelqu’un de très timide et c’était ma manière de m’exprimer. Ma première collection de photos, « No Cocaïne Here », n’est pas née de nulle part.
Elle est née de ce que j’ai vu dans certaines soirées festives. A ce moment-là, j’ai voulu faire passer des messages sensibles parfois violents mais avec une esthétique toute particulière. Et les galeristes m’ont abordé, puis les collectionneurs. Je n’ai pas hésité à être impulsif et à mettre en scène ce que je ressentais face à toutes les déviances de la société dont j’étais témoin et c’est comme ça que j’ai trouvé ma voie. Aujourd’hui, je fais de l’art pour perturber, pour faire réfléchir sur des causes graves et sensibiliser les esprits à ces sujets. Tout cela, en ne dépassant jamais les limites de la vulgarité.

Depuis peu, vous présentez une nouvelle collection de photographies No Topless Here. Quel en est le message ?
Chacune de mes collections porte un nom simple et toujours en anglais. Je veux que le message soit universel et compris de tous. Dans ces nouveaux clichés, j’avais envie d’exprimer la liberté ainsi que l’émancipation des femmes. Je me suis beaucoup inspiré des tableaux de Léonard de Vinci pour représenter des femmes dénudées de manière esthétique. Je voulais que mes modèles soient sublimés pour que l’on comprenne l’importance de la femme dans la société.
Le sujet de mes œuvres me vient assez spontanément. Je cherche sans arrêt à créer. Je suis comme un romancier qui chaque année écrit un nouveau livre et qui partage un nouveau thème sociétal. Jusqu’à présent, j’ai abordé de nombreux thèmes comme la drogue (collection « Art Vs Drugs »), la prostitution (collection « No Prostitution Here »), ou la pollution (avec la série de clichés « No Pollution Here » en 2017). Guy Bourdin est pour moi une référence incontournable dans le domaine de l’art et son travail a vivement contribué à nourrir mon imagination. Il est vrai aussi que l’esprit très coloré de mes travaux fait parfois penser aux photos riches en couleurs de David La Chapelle.

Vous parlez de sublimer le corps des femmes et justement vous avez récemment photographié la plus belle femme de l’univers, Iris Mittenaere ?
Tout à fait, quelque soit les sujets : la femme est ma muse. Pouvoir travailler et mettre en scène Iris pour l’une de mes œuvres était particulièrement symbolique. Qui de mieux que Miss Univers pour représenter la féminité à son paroxysme ? Et puis, Iris est quelqu’un de très engagé, or l’engagement est une valeur qui m’est très chère. C’est donc d’un commun accord que nous souhaitons vendre un exemplaire de l’œuvre lors d’une vente aux enchères. Les bénéfices seront alors entièrement reversés à l’association « Smile Train » dont Iris est marraine. Je suis vraiment très heureux de cette collaboration, il y a un vrai engouement du côté des collectionneurs, les quelques exemplaires édités ont déjà tous été vendus !

Expliquez-nous comment naissent vos clichés car parfois on dirait presque plus une peinture qu’une photo…
Exactement. Dans chacune de mes photographies, il y a un message écrit. Le plus souvent je l’inscris directement sur le corps des modèles. On va alors regarder tout de suite les couleurs pops du visuel, puis on va lire le message. Chaque photo est réfléchie en amont. Avant toute prise de vue, je dessine des croquis, je fais des story board pour avoir comme une peinture dans ma tête. Aujourd’hui, je travaille chacune de mes œuvres comme si je réalisais un film. Il y a un vrai travail de mise en scène afin de mettre parfaitement en lumière le message. L’appareil photo est finalement le dernier maillon de cette chaîne de travail.

Vous avez tellement de créativité que vous êtes également à l’origine de chambres d’hôtes à Grimaud, sur la Côte d’Azur, « Shangtasia Luxury Art Room ». Quel en est le concept ?
C’est mon ancienne propriété ! Quand j’ai quitté le sud de la France pour venir vivre à Andorre et être plus près de la nature, j’ai confié à mon frère, Pierre, la création d’un concept de maison muséale. Il y avait déjà beaucoup de mes œuvres dedans et il a conçu quatre chambres d’hôtes originales qui prolongeaient l’univers de mes œuvres. C’est une expérience complètement immersive. Pour moi, c’est une manière différente d’exposer et surtout de partager mon univers.

En dehors de la photographie, vous
développez aussi des projets de sculptures, n’est-ce pas ?

Oui, depuis trois ans, avec mon équipe, nous travaillons dans le but de recréer mes œuvres en 3D, sous forme de sculpture (ndlr : comme ses œuvres « No Fuck Here » et « Levitation Tree »). L’idée est de donner vie à mes œuvres photographiques en réalisant des sculptures grâce à l’impression 3D. Tout est fabriqué dans mes ateliers et c’est un super challenge que nous nous lançons. J’espère réaliser encore des œuvres majestueuses avec cette technologie.