Sylvie Tellier

par | 22 Jan, 2021 | Interview

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Considérée comme la grande sœur de toutes les Miss, Sylvie Tellier, Directrice Générale de l’Organisation Miss France, continue de faire rayonner ce concours sous ses plus somptueux projecteurs. Pour célébrer le centenaire, elle a écrit un ouvrage qui en dévoile coulisses et secrets. Rencontre avec la petite fée qui contribue à nous offrir du rêve chaque année…

Vous nous avez offert un show une fois de plus mémorable cette année. Comment la magie opère-t-elle à chaque fois ?

Cette élection a été surréaliste à bien des égards. Nous avons eu beaucoup de mal à la préparer en raison du contexte sanitaire et avec en plus beaucoup d’incertitudes. Il y a d’abord eu les élections départementales en plein confinement et leurs présélections digitales, jusqu’au soir de l’élection qui a eu lieu sans public. Et puis finalement… Comme toujours la magie était au rendez-vous ! Cette année nous avons battu un record d’audience inespéré avec un pic de 10,5 millions de téléspectateurs ! Ces jeunes femmes transformées en princesses le temps d’une soirée, des moments de grâces, des paillettes, des sourires, du rêve… voilà ce que nous apportons chaque année au cœur des foyers français. Et avec le contexte, ils en ont besoin plus que jamais ! A l’occasion du centenaire le show était particulièrement incroyable avec plus de 15 jours de répétitions, 300 personnes mobilisées pour la soirée et surtout cette ouverture incroyable avec près de trente anciennes Miss France.

Qu’est ce que signifie être Miss France aujourd’hui en 2020 ?

C’est être une jeune femme entre 18 et 25 ans, avec l’audace de croire en ses rêves ! C’est accepter d’être l’ambassadrice des français le temps d’une année, et de vivre un conte de fée comme il n’en existe peu. C’est aussi être une femme moderne qui vibre au rythme de la société. 

Miss France fête ses 100 ans. Vous en avez dédié l’ouvrage « Miss France, 1920-2020 » aux éditions Hors Collection. Une façon à vous d’immortaliser cette institution ?

Ce livre est porté comme un cadeau d’anniversaire à ce concours de beauté. Une façon de faire une rétrospective sur son histoire, sa genèse, ses figures emblématiques, ses grandes évolutions, l’arrivée de Geneviève de Fontenay, la médiatisation à la télévision dès 1987 ou encore ses grandes évolutions artistiques. Vous savez l’élection de Miss France est un rendez-vous qui déchaîne les passions. Moi-même je m’en suis vue le témoin, et à ma manière c’était naturel de lui rendre hommage.

Quel souvenir gardez-vous de votre propre élection ?

C’était avant tout une belle aventure humaine, nous étions 46 Miss à mon époque et nous avons toutes gardé le contact. Miss France n’est pas quelque chose que l’on peut s’offrir, on le vit, on le ressent et on le garde précieusement en souvenir pour l’éternité.

Chaque élection a plus ou moins son lot de scandale. A votre époque, vous aviez défrayé la chronique en boycottant le concours de Miss Monde. Etre Miss France, c’est aussi être engagée ?

Le concours Miss Monde devait se dérouler au Nigeria, un pays dans lequel était appliquée la charia et où une femme, Amina Lawal était condamnée à mort par lapidation pour avoir eu un enfant hors mariage. Pour une étudiante en droit comme moi, défenseuse des droits de l’homme, c’était juste inconcevable ! J’ai alors boycotté le concours aux côté d’Amnesty International. Puis d’autres Miss ont suivi le mouvement, si bien qu’on a obtenu gain de cause. Le concours a finalement eu lieu à Londres et plus tard, Amina Lawal a été graciée. C’est à ce moment là, que l’on prend conscience qu’être Miss France peut vraiment faire bouger les choses.

Comment  perpétuez-vous votre engagement solidaire ?

On a créé notre association « Les Bonnes Fées »*, avec une dizaine d’anciennes Miss France,  au sein de laquelle nous nous engageons auprès de personnes en difficultés et particulièrement des femmes. Nous avons notamment ouvert plusieurs Maisons des Bonnes Fées qui sont des lieux de détente et de bien-être directement intégrés dans les centres de cancérologie et hôpitaux. Cette mission est essentielle pour moi : redonner le sourire aux femmes d’un petit coup de baguette magique !

Etre Miss France, c’est aussi lutter contre ce préjugé de « plante verte qui veut la paix dans le monde » ? 

C’est surtout avoir assez d’humour pour que cela nous fasse sourire ! Oui, c’est vrai que cette image de jolie ingénue nous colle à la peau. Mais il n’y a pas de mal à vouloir que le monde soit meilleur. Et aujourd’hui, il faut avouer que le soutien médiatique nous aide à prendre la parole pour justement faire bouger les lignes.

Les Miss d’aujourd’hui sont souvent des femmes à suivre, de véritables influenceuses…

Je préfère dire qu’elles sont « incarnantes ». Prenez des jeunes femmes comme Flora Coquerel et Maëva Coucke, ce sont des femmes qui ont de vrais savoirs pointus notamment en ce qui concerne la mode et le maquillage. Elles aiment conseiller sur leurs réseaux sociaux et deviennent des modèles. Iris Mittenaere est la miss la plus suivie, elle offre une part de rêve. Amadine Petit notre nouvelle Miss France est passée de 4 000 à 400 000 followers en l’espace d’une soirée ! Ce sont des femmes qui, par leur choix et leur assurance, n’ont peur de rien, elles osent dire tout haut ce qu’elles pensent, et affichent leur ambition. Les miss d’aujourd’hui sont des femmes qui sont à l’aise avec l’idée d’être étudiante en médecine et de défiler en maillot de bain comme l’a fait Marine Loprhelin, par exemple. Il n’y a pas d’ambivalence pour elles.

Cette médiatisation peut être à double tranchant, lorsqu’ elles se trouvent exposées à des propos injurieux, comme c’est le cas encore cette année avec Miss Provence ou encore avec Clémence Botino ou Sonia Rolland…

Les réseaux sociaux aujourd’hui permettent à une poignée de personnes malveillantes de s’exprimer mais heureusement que ce n’est pas le reflet de l’élection. Je me réjouis aujourd’hui que l’opinion publique, les hommes politiques et médiatiques aient condamné fermement les propos injurieux à l’égard d’April Benayoum, et que la société de production EndemolShine procède à un signalement sur Twitter. Aujourd’hui, le débat se porte sur l’importance de la modération et le problème des pseudos anonymes, ainsi que la responsabilité pénale ou non des diffuseurs. Qui sait ? Peut-être que cela apportera une jurisprudence qui fera évoluer les choses. En ça, Miss France est un véritable phénomène de société.

Comment voyez-vous l’évolution de cette institution ?

Forcément au même rythme que la société. Je ne peux absolument pas la prédire. Aujourd’hui, les femmes défilent en maillot de bain, peut-être que demain cela changera encore. Dans les années 50, le bikini était symbole de libéralisation de la femme. Les mœurs changent, notre concours aussi.

Vous vous amusez de cette réputation de « maîtresse d’école », et pourtant vous avez été de celles qui ont initié la modernité au sein de l’organisation Miss France.

Je m’en amuse puisque par définition, mon rôle est effectivement de veiller au bon suivi du règlement et de ne pas oublier que cela reste un programme fédérateur et familial. Oui, il me semble que j’ai apporté des choses nouvelles à cette institution, mais un jour viendra le temps de céder ma place à une femme aux idées encore plus novatrices.

Dites nous, vous avez vraiment fait la paix avec Madame De Fontenay ?

Ces derniers temps, elle a eu la dent dure contre moi. On l’avait conviée pour le centenaire, mais elle a décliné en ayant le sentiment qu’elle n’était pas assez valorisée. Puis finalement, je l’ai sentie plus apaisée quand elle a vu la cérémonie et l’hommage offert. Je suis la première à dire que Miss France ne serait pas ainsi sans elle, vous ne m’entendrez jamais la critiquer, je la respecte avec affection. Elle a popularisé ce concours, je n’ai fait que lui succéder. On compare Miss France à une famille et c’est ce que nous sommes véritablement : avec nos querelles, nos réconciliations, nos chamailleries, mais ce n’est jamais bien méchant.

 

Sylvie Tellier

C’est aussi …

 

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